« Sauvegarde : rendre visible l'invisible »

Tekoharte - Unesco - Invitation Flyer

Dans un monde de plus en plus globalisé, la préservation des savoirs ancestraux, en particulier ceux détenus par les femmes et les peuples indigènes, est confrontée à de grands défis. Le Paraguay est un pays riche en diversité culturelle, et c’est précisément dans cette diversité que réside son potentiel. Les savoirs populaires et ancestraux, transmis au cours des générations, constituent un outil inestimable pour comprendre les subjectivités et, par conséquent, promouvoir la cohésion sociale. Cependant, aujourd’hui, leur pérennité est menacée par divers facteurs contemporains.

Le changement climatique, l’accès à la terre et aux ressources naturelles représentent d’énormes défis pour la continuité des expressions culturelles qui contribuent à la construction de l’identité sociale du Paraguay. La préservation de pratiques telles que la céramique (ñai’upo) et la fabrication de textiles à base de fibres de karaguata est étroitement liée à la disponibilité des ressources présentes dans les territoires habités par les femmes qui pratiquent ces techniques.

« Sauvegarde, rendre visible l’invisible » est un témoignage vivant de comment l’association des connaissances héritées et l’accès aux ressources naturelles peuvent converger pour donner naissance à des œuvres d’art uniques.
Dans cette exposition, chaque artiste déploie son style et sa vision personnelle, donnant forme à des pièces qui transcendent le commun pour devenir des expressions authentiques de sa créativité.

Les « maestras » reconnues de l’art populaire, Julia Isídrez de Ità et Ediltrudis Noguera de Tobatí utilisent la technique précolombienne du » ñai’upo ». Leurs mains façonnent la boue noire extraite des marécages pour créer des pièces qui sont ensuite cuites dans des fours à bois. Bien que la technique leur ait été transmise de manière intergénérationnelle, chacune a su imprimer sa propre marque, enrichissant ainsi le patrimoine culturel. L’utilisation de la boue noire (ñai’u) pour la production d’œuvres artistiques ou utilitaires souligne le lien existant entre la matière, le territoire et la capacité transformatrice et créative des femmes, gardiennes des savoirs ancestraux.

Tekoharte - Unesco - Buho

El Búho – Juana Marta Rodas

Tekoharte - Unesco - Espiritu Santo

El Espiritú Santo – Julia Isídrez

Tekoharte - Unesco - Eva

Eva – Ediltrudis Noguera

Par ailleurs, les femmes Nivaclé et Manjui, de la localité de Pedro P. Peña dans le Chaco paraguayen, réalisent des tissages confectionnés à partir des fibres de karaguata et de teintures naturelles, en y incorporant des iconographies qui reflètent la cosmovision de leur peuple. Rosa Pirancho, Elsa Gomez, Antonia et Ester Carema … tissent avec maîtrise les fils de karaguatá, préalablement teints avec des pigments extraits de feuilles, de fleurs et de tiges récoltées sur leur territoire aride.
L’élaboration des textiles va au-delà du simple acte de tissage. Les femmes ont donné une portée plus profonde à leur savoir-faire, resignifiant leur travail en créant de pièces de grande taille. La production de tissages leur permet non seulement de s’épanouir artistiquement, mais renforce également leur rôle central au sein de la communauté et la sauvegarde des savoirs ancestraux.

Une autre forme d’expression adoptée par les peuples indigènes du Chaco paraguayen est le dessin au stylo. Cette expression, récemment introduite, transmet la tension entre la faune, la flore et la perte de territoire due au développement productif et à la déforestation. Dans chaque œuvre les dessinateurs parviennent à mettre en évidence la relation profonde qui existe entre les peuples indigènes et le territoire. La capacité d’observation et de contemplation de la nature de ces artistes nous permet de comprendre l’importance de la protection de leur environnement. Cela, à son tour, nous permet d’entrevoir d’autres formes possibles et respectueuses de vivre ensemble et d’interagir avec la nature.

Loin du monde globalisé et vertigineux, le talent des artistes paraguayens met en évidence la richesse des savoirs ancestraux et des ressources naturelles pour créer des œuvres uniques de haute valeur culturelle qui respectent le temps qu’implique le processus du fait à la main.
Cette exposition montre clairement un engagement en faveur de la préservation du patrimoine et laisse entrevoir les défis qui existent dans les territoires pour sa continuité.

Remerciements à Cynthia Melgarejo